CHRONOLOGIE MÉSOPOTAMIENNE

L’Épopée de Gilgamesh n’est pas l’œuvre d’un homme ou même d’une seule nation. Des millénaires ont été nécessaires pour transformer de simple épisodes héroïques en une série grandiose, au gré des soubresauts de l’histoire et des civilisations. Quelques points de repères historiques et géographiques pour mieux comprendre cette évolution.

Il faut remonter au IVe millénaire pour rencontrer les prémisses de cette histoire. On ne sait quasiment rien des nombreux groupes ethniques qui peuplaient alors la Mésopotamie, à part les deux derniers venus qui permettront la naissance d’une foisonnante civilisation entre le Tigre et l’Euphrate : les Sumériens et les Akkadiens.

Sumériens et Akkadiens

Pour une large part, l’origine des Sumériens reste un mystère. Car rien ne permet vraiment de situer leur point de départ et leur apparentement — pas même leur langue qui constitue un parfait isolat (voir Les langues de l’Épopée). On peut toutefois considérer qu’ils sont arrivés dans cette région depuis l’est ou le sud-est, peut-être en remontant la rive iranienne du golfe Persique. Notons également que tout porte à croire que les Sumériens se sont installés dans la région en une seule grande vague, sans-doute en coupant tous les ponts et sans le moindre renfort ultérieur de sang frais.

On en sait un peu plus, en revanche, sur l’origine des Akkadiens : ce sont des Sémites parvenus dans la région depuis les franges septentrionales du grand Désert syro-arabe, au nord-ouest. Contrairement au Sumériens, cette migration sera quasiment ininterrompue des millénaires durant, tant était attractives cette contrée limoneuse et fertile entre ses deux fleuves nourriciers.

C’est donc de la rencontre entre ces deux peuples qu’est née la civilisation Mésopotamienne. Non pas qu’il s’agisse d’une “ nation ” unifiée, unie politiquement. Ils se sont répartis en territoires autonomes : des Cités-États, gouvernés chacune par un souverain, tenaient lieu de capitales entourées d’agglomérations et des villages de moindre importance, lesquels s’adonnaient à la culture (surtout céréalière) et à l’élevage. Entre elles : échanges et commerce, mais aussi incursions, luttes de territoires, razzias et guerres. Au point que les villes s’entourent inévitablement de larges remparts vers le milieu du IIIe millénaire.

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Les sites principaux de Basse Mésopotamie durant la période sumérienne.

Chronologies

Les plus anciennes traces de peuplement de cette région remontent au VIIe millénaire, au début de la période d’Obeïd qui s’étend d’environ 6 500 à 3 750 av. J.-C. (1). Mais l’histoire de Sumer proprement dite couvre ensuite cinq périodes successives :

  • Période d’Uruk finale (v. 3400-3100 av. J.-C.)
    Apparition des premiers États et des premières villes. En particulier, la cité d’Uruk rayonne sur les régions voisines et l’écriture sumérienne fait son apparition.
  • Période de Djemdet Nasr (v. 3100-2900 av. J.-C.
    Déclin de la civilisation d’Uruk et éclatement de la région en plusieurs cultures locales distinctes. L’écriture cunnéiforme se raffine.
  • Période des dynasties archaïques (v. 2900-2340 av. J.-C.)
    Division du pays de Sumer entre plusieurs cités-États.
  • Empire d’Akkad (v. 2340-2190 av. J.-C.)
    Première unification de la Mésopotamie, par une dynastie non-sumérienne.
  • Période « néo-sumérienne » (v. 2112-2004 av. J.-C.)
    Marquée par la nouvelle unification sous la troisième dynastie d’Ur (v. 2112-2004 av. J.-C.).

    Troisième dynastie d’Ur (Ur III)
    Nom Règne
    Ur-Nammu 2112-2095
    Šulgi 2094-2047
    Amar-Sîn 2046-2038
    Šu-Sîn 2037-2029
    Ibbi-Sîn 2028-2004

S’agissant de la datation des dynasties, des règnes, des événements, etc., il existe en fait plusieurs chronologies. Ceci est dû au fait qu’il n’existait pas de datation absolue : chaque événement était daté « durant l’année X du règne du roi Y ».

Pour le Ier millénaire, la chronologie relative peut être reliée à notre calendrier actuel grâce à des événements astronomiques significatifs (éclipse de soleil, etc.). On peut donc considérer qu’il existe désormais une chronologie absolue pour cette période.

Pour les IIe et IIIe millénaire, en revanche, les corrélations ne sont pas entièrement fixées. Grâce à la tablette d’Ammi-ṣaduqa sur Vénus, tirée d’un long texte traitant de l’astrologie babylonienne, la conjonction du levé de Vénus avec la nouvelle Lune procure des points fixes car il s’agit d’occurrences périodiques. Il existe toutefois une incertitude sur la durée des cycles, fixés à 56/64 ans. De sorte que cette incertitude se propage aux datations historiques et qu’il existe en fait plusieurs chronologies possibles : longue (ou haute), moyenne ou courte (ou basse) — voire ultra-courte. La première année du règne de Hammurabi, par exemple, peut être fixée à 1848, 1792 ou 1736 selon qu’on suive la chronologie longue, moyenne ou courte.

Ceci étant précisé, de nombreuses publications semblent aujourd’hui s’accorder sur la meilleure pertinence de la chronologie moyenne. C’est celle-ci qui servira donc de référence dans les pages de ce blog.