Gilgamesh et la Mort

Ce poème raconte les derniers instants de Gilgamesh, ses rêves et ses funérailles. Ainsi que son destin exceptionnel par-delà la mort.

Dans cet article :

– Références
– Résumé
– Commentaires
– Traduction française de Antoine Cavigneaux et Farouk N. H. Al-Rawi

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Références

• Sources et translitération
• Traductions [en Anglais]
• Livre :  Gilgameš et la mort (Textes de Tell Haddad VI) avec un appendice sur les textes funéraires sumériens, Antoine Cavigneaux and Farouk Al-Rawi, Cuneiform monographs 19, Styx Publications, Groningen (2000), pp. 55-63 (voir Sources documentaires).

Résumé

Ce résumé s’inspire de la structure du texte donnée par les Cavigneaux et Al-Rawi, mais est considérablement enrichi par la synthèse d’Andrew George.

Incipit : am-gal-e ba-nu, “ Le grand Taureau est couché ”

Le texte commence par une litanie évoquant Gilgamesh, malade sur son lit de mort : Namtar, l’émissaire de la Mort, s’est emparé de lui. Sous l’apparence de Nudimmud, le dieu Enki lui envoie une vision au héros, dans la quelle il comparait devant l’assemblée des dieux. L’affaire dont il est question est sa propre destinée.

« Le grand Taureau est couché, jamais plus il ne pourra se relever.
Le seigneur Gilgames est couché, jamais plus il ne pourra se relever. »

— Premières lignes de Gilgamesh et la Mort  [trad. Cavigneaux et Al-Rawi]

Les dieux commencent par évoquer les hauts faits de Gilgamesh : sa carrière héroïque, ses exploits dans la Forêt des Cèdres, son voyage au bout du monde et la sagesse qu’il a acquise de Ziusudra, le survivant du Déluge. Leur problème est que Gilgamesh est certes un homme, mais aussi le fils d’une déesse : devrait-il être mortel ou immortel ? Le jugement final semble être énoncé par Enki, après un rappel du serment du Déluge : nul homme, hormis Ziusudra, ne peut échapper à la mort.

Gilgamesh, tout fils de déesse qu’il est, doit donc mourir et descendre aux Enfers comme tous les autres. Pour autant, il ne sera pas sans consolation : sa mort venue, il sera gouverneur des Enfers. Au même titre que Ningišzida et Dumuzi, il siègera au jugement des morts. Sans compter qu’après son trépas, Gilgamesh sera célébré parmi les vivants au cours d’un Festival annuel des Lumières, qui verra notamment les jeunes hommes lutter au corps à corps.

Alors Enlil apparait et explique en termes plus simple le message du rêve : Gilgamesh est né pour être roi, mais il ne peut échapper au destin tragique des hommes mortels. Mais qu’il ne soit pas empli de désespoir : aux Enfers, iI va rejoindre les pontifes des temps anciens, ses ancêtres, ses amis (et surtout son compagnon bien aimé, Enkidu), ses soldats, et il sera rejoint par tous ceux qui le suivront. Il sera même admis au sein des Anunna, les divinités mineures.

Gilgamesh s’éveille, sidéré par sa vision. Le texte est endommagé à ce stade, mais il semble que le héros cherche conseil. De fait, le poème se lance dans une répétition du rêve point par point, et l’explication la plus simple est qu’il le raconte à ceux qui pourraient juger de son importance. Leur réponse est qu’il ne doit pas s’attrister. La mort est inévitable, même pour un roi, et il devrait se réjouir du statut haut placé dont il bénéficiera après sa mort.

« C’est qu’alors du lit de l’Euphrate l’eau avait été retirée !
On bâtit le tombeau en pierre.
On bâtit les murs en pierre,
On monta les vantaux sur la pierre du portail.
Le verrou, le seuil étaient en pierre dure.
Les crapaudines étaient en pierre dure.
On posa les poutres d’or. »

— Lignes 249-255 de Gilgamesh et la Mort [trad. Cavigneaux et Al-Rawi]

Une lacune intervient à ce stade, mais on retrouve ensuite le peuple d’Uruk qui  — sous l’inspiration d’Enki — se met à l’œuvre  pour construire le tombeau de Gilgamesh. La lacune nous empêche de savoir exactement comment Enki communique ce qui doit être fait, mais sont agent est apparemment un chien plutôt qu’un homme. Le message ainsi transmis indique en tout cas où situer le tombeau pour qu’il demeure inviolable. Suivant les sages directives d’Enki, la main-d’œuvre détourne l’Euphrate et le tombeau est construit en pierre dans le lit du Fleuve.

Le harem royal et l’entourage de Gilgamesh prennent place dans son tombeau et se préparent à accompagner leur roi dans l’après-vie. Pour s’assurer que Gilgamesh et son cortège soient favorablement accueillis aux Enfers, des cadeaux sont présentés aux divinités à la cour d’Ereškigal. Alors Gilgamesh lui-même est couché dans son tombeau. La porte est scellée avec une grande pierre façonnée à dessein et le fleuve retrouve son lit, de sorte que le tombeau ne puisse être découvert. Le peuple d’Uruk peut enfin pleurer son roi.

Deux fins différentes du récit ont survécu. L’une, assez mal préservée, formule simplement l’hommage à Gilgamesh, le plus grand des rois. L’autre, plus didactique, explique que les hommes du passé et d’aujourd’hui continuent de vivre après la mort dans les souvenirs des vivants. Le fait de placer des statues votives dans les temples crée d’abord une forme d’attache pour le culte funéraire, afin d’assurer l’invocation continue du nom des morts. Mais comme les dieux ont bien fait le choses, les hommes engendrent aussi des familles, et il leur revient de perpétuer leurs lignées.

Doxologie : eres-ki-gal ama nin-azuke zà-mi-zu dug-ga, “ Ereskigal, Mère de Ninazu, Ta louange est douce. ”.

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Commentaires

Le texte sumérien de Gilgamesh et la Mort (GM) a été publié pour la première fois par S. N. Kramer en 1944, grâce à quelques fragments retrouvés à Nippur. D’autres ont depuis été retrouvés sur ce site, mais trop peu pour faire progresser la reconstitution de l’œuvre. Sans doute parce ce que ce texte ne semble pas avoir fait partie du cycle des œuvres littéraires étudiées dans les écoles de Nippur (l’incipit ne se trouve pas dans les catalogues connus).

Des fouilles plus récentes sur le site de Meturan (le moderne Tell Haddad) ont mis au jour de nouvelles tablettes recélant GM. Certaines sont relativement bien préservées et ont permis de progresser dans la reconstruction et la compréhension du texte. C’est cette nouvelle édition que Cavigneaux et Al-Rawi ont publiée en français.

L’expérience que fait Gilgamesh en songe a son correspondant dans la vie quotidienne du Mésopotamien, qui se croyait parfois mis en contact avec le monde des Morts par le véhicule du rêve. Comme dans ces rêves où les esprits des morts réclament un kispu, un rituel funéraire où un repas est offert aux défunts. Difficile de dire si les interlocuteurs diffèrent d’un rêve à l’autre, surtout dans la version de Meturan. Dans celle de Nippur, il semble que ce soit Enlil qui, dans le second rêve, s’adresse au héros.

« Ses hommes qui l’aimaient beaucoup, accablés de deuil, détournèrent le Busento de son lit dans les environs de Cosenza – ce fleuve aux eaux salutaires quitte en effet la montagne à la hauteur de la ville et se divise (en plusieurs bras) ; au milieu du lit, des groupes de captifs creusent une fosse pour sa tombe ; on recouvre Alaric de nombreuses richesses, puis on ramène les eaux dans leur lit ; pour que le lieu demeurât à jamais secret, on tua tous ceux qui avaient participé au creusement. »

(Getica, ed. Mommsen, Bln, 1882, p. 99)

L’ensevelissement de Gilgamesh dans le lit de l’Euphrate est une forme de sépulture particulièrement spectaculaire et qui a toutes les apparences d’un thème de légende. Il est intéressant de constater que le chef wisigoth Alaric, mort peu après après le saccage de Rome (410), fut pareillement enseveli dans le lit du Busento. Le parralèle est saisissant avec ce passage de l’Histoire des Goths (551) par le clerc Jordanès (voir citation ci-contre). À noter qu’on retrouve, plus près de la Mésopotamie, une antique croyance populaire selon laquelle le prophète biblique Daniel aurait son tombeau à Suze (Iran), sous les eaux de la Chaour. Vers la fin du récit de Yaqut al-Rumi, dans son Mu`jam al-`Udabâ, il est ainsi dit : “ Lors de la conquête de Suse, on trouva un mausolée contenant les restes du Prophète Daniel ; on en informa Omar b. al-Hattab qui (…) décida de Le faire enterrer. Il bloqua un cours d’eau, dans le lit duquel il creusa une tombe ; il L’ensevelit, puis refit passer l’eau sur la tombe, si bien que l’emplacement est tombé dans l’oubli.

L’eau en soi est déjà un autre monde : c’est en effet l’élément de la disparition, notent d’ailleurs Cavigneaux et Al-Rawi. Pour les Mésopotamiens, le poisson symbolise l’anonymat : “ fils de poisson [fretin], qui ne connaît pas son père ”, dit Humbaba à Enkidu (L’Épopée, Tablette V d’Uruk, I.3, trad. Tournay). Autant dire la mort : dans l’univers emporté à la dérive par le Déluge, les hommes “ emplissent la mer comme des alevins ” (ibid. XI 123). Plus trivialement, être “ un poisson dans l’eau ”, c’est s’esquiver, disparaître. Toujours pour les auteurs, “ il n’est pas impossible que des réminiscences de la légende de Gilgameš aient été récupérées pour Daniel ”.

Au-delà du détournement du fleuve, on peut aussi se demander si Gilgamesh et la Mort reflète une coutume funèbre où parents, fidèles et courtisans suivaient le défunt dans la mort. Les auteurs sont en accord avec Kramer qui suggérait d’y voir une allusion aux sacrifices humains attestés dans les tombes de la haute époque Dynastique Archaïque (début ED III) découvertes à Ur. On peut admettre que ces funérailles grandioses et effrayantes aient laissé des traces dans la mémoire collective. Cette coutume a pu subsister — même de façon exceptionnelle — jusqu’à l’époque d’Ur III ou peu avant.
L’œuvre pourrait être liée encore d’une autre façon à la réalité historique de son temps. On considère (avec certaines réserves, voir plus loin) que le récit a très bien pu naître à l’époque d’Ur III, alors qu’on sait que les rois de la IIIe dynastie d’Ur se considéraient comme de véritables frères de Gilgamesh. Or on a pu reconstitué le déroulement des funérailles d’un de ces rois, Šu-Sîn, même si les analogies concrètes avec GM ne sont pas toujours évidentes.

Gilgamesh et la Mort contient de nombreuses allusions à des formules et des pratiques funéraires plus universelles que la seule référence aux enterrement royaux. Quelques rares textes qui ont survécu nous montrent que les mots que le héros entend lors de sa comparution devant l’assemblée divine sont pour une grande part les formules que les Sumériens utilisaient pour se consoler de leurs deuils. Il est ainsi fait allusion aux rites et aux objets mêmes (gousse d’ail, ficelle, voir lignes 102//192) qu’on manipulait au cours du kispu. Dans GM, Gilgames symbolisait non seulement le roi terrestre devant la mort, mais aussi tous les Mésopotamiens, grands ou humbles. Sans oublier naturellement les usages parallèles que trouvent les thèmes funéraires dans l’exorcisme : le rituel du kispu, l’invocation de diverses figures, dont celle de Gilgamesh, aident les humains à se débarrasser des fantômes et des autres maux qui les harcèlent.

Impossible de dater formellement ce récit de Gilgamesh et la Mort. Les références aux coutumes funéraires et à l’idéal royal rendent plausible une rédaction à l’époque d’Ur III, soit à la même époque que celle de Gilgamesh et le Taureau céleste qui, elle, est avérée. Si c’est bien le cas, on peut imaginer que l’œuvre (GM) ait été commandée pour les funérailles d’un des rois d’Ur, mais il n’y a encore une fois aucune certitude. Reste que le récit est riche en enseignement : bien avant l’Épopée, on sait qu’il existait une légende sumérienne de Gilgamesh qui intégrait la rencontre avec Ziusudra, et donc aussi le thème du Déluge (cf. M 57//148). L’allusion aux stèles laissées par le héros à la postérité (M 55//146) annonce un des thèmes initiaux de l’épopée en XII tablettes : “ il grava sur un monument tout le labeur ” (I.8), ou “ lis la tablette de lapis-lazuli ” (I.25). On y retrouve encore d’autres thèmes de GM, comme le songe prémonitoire qui annonce la mort d’Enkidu, les usages funéraires ou le thème de la statue.

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Traduction française de Antoine Cavigneaux et Farouk N. H. Al-Rawi 

(in Gilgamesh et la Mort, trad. du texte pp. 55-63, réf. plus haut, 2000)

Cette traduction a été établie en s’appuyant sur la version Meturan (M), mais en le complétant, quand c’est nécessaire, à l’aide des versions de Nippur (N) :

Sources de la version de Meturan :

  • M1 = H 172 (excavation n° Haddad 0172) (CDLI)
    P
    artie supérieure d’une grande tablette cuite, à trois colonnes par face et qui comprenait à l‘origine le texte entier sur 305 lignes. Un petit éclat de surface ne peut plus être joint, mais il faisait certainement partie de la même tablette (il comprend une partie des col. ii et iii).

  • M2 = H 143 + 136 A+ 189 + 136 B et quatre petits fragments trouvés avec 136 (CDLI).

  • M3 = H 137 (CDLI).

  • M4 = H 151 A (CDLI).
    M2 , M3 et M4 sont certainement des fragments d’une seule et même tablette. Tous les fragments M1M4 proviennent de la même pièce d’un bâtiment du locus II. Les fragments M2M4 étaient peuttre crus à lorigine et ont subi de diversefaçons les effets de la chaleur.

  • M5 à M14 sont des fragments de tablettes qui se trouvaient dans une vingtaine de boîtes contenant des débris de tablettes crues provenant du locus I. Il est possible qu’ils aient fait partie d’une seule et même tablette à l‘origine, car il n’y a pade recoupement entre les fragments.

Sources des versions de Nippur :

  • N1 = SEM 24 (CBS 6966) + 25 (CBS 7900) + N 3189 + N 3190 (CDLI, photo).
    Tablette qui comptait sandoute à l’origine le texte entier sur huit colonnes (quatre par face). Il subsiste des portions des colonnes iv à viii.
  • N2 = SEM 28 = CBS 8551 (+) N 6856 (CDLI, photo).
    Tablette à une colonne, fragile et délitée, qui devait compter à l‘origine près dune soixantaine de lignes par face. L‘écriture est fine et serrée. La tablette complète devait contenir environ les 110 ou 120 premières lignes du texte.

  • N3 = UM 29-16-86.
    Tablette à une colonne, complète, maila surface est érodée, surtout au revers. Elle contenait la fin de la composition, mais dans une version différente, aussi bien de M que de N1.

  • N4 = Ni 4136 (ISET 2, 54) (CDLI).
    Fragment de la partie droite d’une grande tablette, peuttre du même type que N1.

  • N5 = Ni 9536 (ISET 3) (CDLI).
    Petit fragment inédit. Fragments de deux colonnes préservées. i : fin de 4 lignes non identifiées ; ii = N1 v. 1214 (ou le passage parallèle).

  • N6 = Ni 9488 (ISET 3) (CDLI).
    Éclat, fragment de bord droit de revers(?). Préserve la fin de 13 lignes largement parallèles à N4 .

Le comptage des lignes correspond donc dans cette traduction à la version de Meturan. Malgré les lacunes, on sait qu’il y a deux blocs égaux d’environs 76 lignes, ce qui permet de reconstituer la plus grande partie du texte.

GILGAMEŠ ET LA MORT

Litanie d’ouverture

1. Le grand Taureau est couché, jamais plus il ne pourra se relever.
Le seigneur Gilgameš est couché, jamais plus il ne pourra se relever.
Le … accompli est couché, jamais plus il ne pourra se relever.
Le champion ceint du baudrier est couché, jamais plus il ne pourra se relever.
5. L’homme à la force accomplie est couché, jamais plus il ne pourra se relever.
Lui qui réduisait le mal, il est couché, jamais plus il ne pourra se relever.
Lui qui prononçait tant de sages (paroles?), il est couché, jamais plus il ne pourra se relever.
L’aventurier de (notre) pays, il est couché, jamais plus il ne pourra se relever.
Lui qui savait gravir les montagnes, il est couché, jamais plus il ne pourra se relever.
10. Le Seigneur de Kulaba en personne, il est couché, jamais plus il ne pourra se relever.
Il est couché sur son lit de mort, jamais plus il ne pourra se relever.
Il est couché sur un grabat de cris et de soupirs, jamais plus il ne pourra se relever.
Il ne parvient pas à se dresser, il ne parvient pas à s’asseoir, il se met à se désoler.
Il ne parvient pas à manger, il ne parvient pas à boire, il se met à se désoler.
15. Le verrou du Namtar l’a coincé, il ne parvient pas à se relever.
Comme un poisson qui a frayé, dans l’étang qui a été … , malade, il est accroché au … (??).
Comme un chevreau pris au piège, [il secoue(?)] le lit …
18. Le Namtar qui, sans mains ni pieds, [emporte] l’homme dans la nuit …

Lacune, comblée pour une faible part grâce à N2 2″- 14″, dont les dernières lignes (9″-13″) doivent correspondre à M 45 sqq. :

2″. Le Sage …
au ciel les pures prémices … (le début du jour?)
Depuis six jours il était malade …
5″. [Il se dégageait] de son corps une sorte de sueur.
Le Seigneur Gilgameš était malade …
Uruk et Kulaba …
La nouvelle annoncée au pays …
Alors le Seigneur Gilgameš …
10″. Il est couché sur son lit de mort …
Le roi s’interrompit(?) dans son sommeil(?) …
Ce rêve, ce dieu (?) …
13″. Dans l’assemblée, l’endroit solennel des dieux …

Retour à la version de M.

Premier rêve

45. Alors le jeune Seigneur, le Seigneur Gilgameš
était couché sur son lit de mort …
Le roi …
Dans ce rêve un dieu (?) …
A l’Assemblée, le lieu solennel (où siègent) les dieux,
50. quand le Seigneur Gilgames fut arrivé,
ils (les dieux) lui dirent « Seigneur Gilgames », c’est à lui :
« Dans cette affaire : bien des routes parcourues,
le Cèdre, l’Arbre unique, descendu de sa montagne,
Huwawa abattu dans la forêt ;
55. tu as dressé tant de stèles pour les générations futures, qui resteront à jamais …
Fondé tant de demeures pour les dieux,
Parvenu jusqu’au séjour de Ziusuda ;
Les Forces Secrètes de Sumer, qui allaient tomber dans un oubli éternel,
Les Commandements, les Règles, tu les as fait descendre dans le Pays ;
60. Les rites de « lavage de mains », de « lavage de la bouche » il les fixe.
[Mais …, quand le Déluge eut balayé tout ce qui existait dans les pays]

(Lacune)

C’est pour cela [que Gilgameš (?)] ne doit pas être emporté ainsi(?).
Ils (les dieux?) donnaient l’avis d’Enlil(?) à Enki.
Enki de répliquer à An et à Enlil :
En ces jours, en ces jours lointains,
70. en ces nuits, en ces nuits lointaines,
en ces années, en ces années lointaines,
quand l’Assemblée eut fait déferler le Déluge,
nous étions sur le point de faire disparaître la graine de l’humanité.
(Mais) “ Au milieu de nous, toi seul, uniquement, tu vivras ” (— as-tu décrété),
75. Zi-us-dili sauva le nom de l’humanité.
Depuis ce jour tu m’as fait jurer par le ciel et par la terre
de ne plus désormais laisser vivre l’humanité. Je l’ai juré(?).
Voilà ce qui est montré à Gilgameš.
Son ascendance maternelle ne pourra le faire échapper.
80. Gilgameš, en tant qu’ombre, au fond de la terre, tout en étant mort,
qu’il fasse office de gouverneur des Enfers (kur), qu’il soit le chef des ombres !
Il rendra la justice, il prononcera les sentences.
Son verdict pèsera autant que la parole de Ningišzida et de Dumuzi.
Alors le jeune Seigneur, le Seigneur Gilgameš,
85. (en voyant) toute l’humanité rassemblée (là), sera choqué.
Ne te meurtris pas le sein, ne t’afflige pas le cœur !
Les vivants … aux morts [ … ]
Les gars, les jeunes gens, à l’apparition de la nouvelle lune,
sans lui ne placeront pas la lumière devant eux.
90. Sisig, le fils d’Utu,
en éclaire les points obscurs (du rêve?).
Ce qu’avaient apporté mes actions humaines est emporté,
Ce qu’avait apporté la coupure de mon cordon est emporté.
Les heures sombres de l’humanité t’ont atteint,
95. Le “ lieu unique ” de l’humanité t’a atteint,
La vague irrésistible t’a atteint,
La lutte inégale t’a atteint,
La bataille dont nul ne réchappe t’a atteint,
Le mal inéluctable t’a atteint.
100. Mais tu ne dois pas descendre dans la Grand Ville le cœur angoissé.
Qu’il/qu’on(?!) dise le “ devant Utu ”, Il me défera (cette angoisse?).
Qu’il/on la détorde comme les brins d’une ficelle, qu’il la disloque comme les caïeux d’une tête d’ail !
(Va) en tête au kispu, (le repas funèbre) offert aux Anunna, en présence des grands dieux,
là où repose l’En, là où repose le Lagar,
105. Là où repose le Lumah, là où repose la Nin-digir,
Là où repose le Guda, là où repose le Gada,
Là où repose la Nin-digir, là où repose le “ fidèle ”,
Là où est ton père, là où est ton grand-père,
Là où est ta mère, là où est ta soeur, ton neveu(?),
110. Ton ami préféré, ton copain,
Ton ami Enkidu, ton gaillard de compagnon,
Les gouverneurs que le roi a nommés dans la Grand Ville,
Là où reposent les capitaines,
Là où reposent les commandants des troupes.
115. Quand on cherche quelqu’un dans la Grand-Ville, dans l’Arali , … (??)
[?]. Ceux qui entrent (??) …
De la maison de la sœur, la sœur ira vers toi,
De la maison du neveu, le neveu viendra vers toi,
Ton ami viendra vers toi, ton intime viendra vers toi,
Les anciens de ta ville viendront vers toi,
120. Ne te meurtris pas le sein ! Ne te frappe pas le cœur !
Maintenant il sera compté au nombre des Anunna,
Il ne le cédera qu’aux dieux,
Il sera gouverneur des Enfers,
Il rendra la justice, il prononcera les verdicts.
125.Ta/sa parole pèsera autant que celle de Ningišzida et de Dumuzi.

Gilgameš s’éveille

126. Alors le [jeune Seigneur Gilgameš]
se leva. [Un rêve ! Il s’ébroua, plein de torpeur.]
[Il se frotta] les yeux. [Un silence angoissant l’enveloppait !]
Un rêve …
130.[Dans le] rêve …

Le tourment …

Comme le jour où …, [où des] genoux de ma mère
135. [Ninsumuna] je fus pris, c’est comme si c’était (re)devenu (ainsi) ! (??)
… qui ébranle les grandes montagnes (?).
Le Namtar qui n’a ni mains ni pieds, mais qui ravit les hommes,
Mon …
139. C’est le seigneur Nudimmud qui a fait voir ce rêve (?)

Second rêve

140. A l’assemblée, le lieu solennel (où siègent) les dieux, …

Le deuxième rêve reproduit le premier à l’identique (lignes 141-216 = 50-125). Ensuite il y a une lacune jusqu’à la ligne 231.

231. [ … ] était bon. (?)
… un jour désigné comme propice,
… un jour désigné comme propice,

235. Son architecte, comme si c’était un châtiment (??), dessina son tombeau.
Le dieu Enki, d’un simple mouvement de tête (?)
Lui avait révélé la solution du songe.
238. Ce rêve, (seul) le chien du roi l’avait interprété, nul autre n’avait su l’interpréter.

La construction du tombeau

Le Seigneur déclencha une levée dans Sa ville,
240. Le héraut sonna du cor dans tous les pays.
Uruk, debout ! L’Euphrate a ouvert ses digues !
Kulaba, debout ! L’Euphrate est en crue !
La levée d’Uruk, ce fut un ouragan.
La levée de Kulaba, un nuage qui ne se dissipe pas.
245. Cependant le premier mois était passé,
En cinq jours peut-être, à peine dix jours,
l’Euphrate était ouvert, son eau était sortie,
si bien que Soleil pouvait contempler les coquillages de son lit.
C’est qu’alors du lit de l’Euphrate l’eau avait été retirée !
250. On bâtit le tombeau en pierre.
On bâtit les murs en pierre,
On monta les vantaux sur la pierre du portail.
Le verrou, le seuil étaient en pierre dure.
Les crapaudines étaient en pierre dure.
255. On posa les poutres d’or.
[Sur l’entrée(?)] on glissa un lourd bloc de serpentine/une lourde pierre de meule(?) .
… on étendit une lourde couche de terre noire (?).
… dans les jours à venir
[ … ne] leur révélera [pas],
260. [ … ] afin que celui qui le chercherait n’en voie pas la façade.
(Gilgameš) avait établi un refuge au milieu d’Uruk.
Son épouse bien-aimée, ses enfants(?) bien-aimés,
sa première épouse, sa seconde épouse, ses bien-aimées,

A partir d’ici, M est très mal préservé, mais son texte devait correspondre à peu de chose près à celui de N (M lignes 262-287 = N3 lignes 1-28). C’est donc N3 qui est utilisé dans cette partie :

son chantre bien-aimé, son échanson bien-aimé, son …
265. son barbier bien-aimé, son …
les officiers qui parcouraient en tous sens son palais,
ses objets usuels bien-aimés …
une fois qu’ils furent couchés à ses côtés, à la place même qu’ils avaient(?) dans le palais exemplaire, au centre d’Uruk,
Gilgameš, fils de Ninsumuna, pensant à Ereškigal, porta les présents requis.
Pour Namtar il porta les petits cadeaux,
270. pour Dim-PI-ku il porta la surprise,
pour Bi(t)ti il porta le présent,
pour Ningišzida et Dumuzi il porta le présent,
pour Enki et Ninki, Enmul et Ninmul,
pour Endukuga et Nindukuga,
275. pour Endašurima et Nindašurima,
pour Enmutula et Enmenšara,
pour les ancêtres maternels et paternels d’Enlil,
pour Šulpa’e, le Maître de Table,
pour Šamkan et Ninhursaga,
280. pour les Anunna du Duku,
pour les Igigi du Duku,
pour les prêtres En défunts, pour les Lagar défunts,
pour les Lumah, les Nindigir défuntes,
pour les Guda, les Ša-gada-la, les … défunts,
285. [il … ] des cadeaux de bienvenue …
la “ bonne main ” il …
Pour En-[…] il porta les présents.

À partir d’ici, N3 propose une autre fin (voir variantes ci-dessous).

Mise au tombeau et deuil sur Gilgameš

Retour à la version selon M. La numération absolue n’est pas certaine, mais approximative. Le fragment M4 est pratiquement identique à N1 viii, dont il ne reste que les fins de lignes qui sont exploitées ici :

286. Gilgames …
… lui frappa …
… sommeil/une douce nourriture(?)

290. … fit entrer, [ferma] la porte.
L’Euphrate fut réouvert, ses flots déferlèrent.
… les eaux se divisèrent(?).
Alors le jeune Seigneur, le Seigneur Gilgameš,
294. pour lui […] se frotta le nez,
294a. pour lui […] s’arracha les cheveux.

Fin du deuil et thème final

S’il y a une lacune ici dans M, elle doit être très petite.

295. [ … ] jetèrent dans la poussière.
[Alors le jeune Seigneur,] le Seigneur Gilgameš,
son sein fut meurtri, son cœur fut affligé.
D’entre(?) les hommes, pour autant qu’ils aient eu un nom,
(ceux pour qui), dans les jours anciens, on a façonné des statues,
300. qu’on a placées dans les demeures des dieux, à leurs côtés,
ceux-là, leurs noms, répétés, ne tombent pas dans l’oubli .
Aruru, la Grande Sœur d’Enlil,
à cause du nom (de la descendance) lui a donné un rejeton.
Pour les statues façonnées dans les jours anciens et qu’on invoque dans le pays,
305. Ereškigal, Mère de Ninazu, Ta louange est douce.

Variantes des versions de Nippur
• N1 col. v et parallèles

Ce passage du rêve de Gilgameš — correspondant à M 90-104 (et donc 180 sqq. dans le second rêve) — est développé différemment.

[Sisig ], le fils d’Utu
5. dans le Kur, l’endroit très sombre, qu’il place pour lui la lumière !
Quand aux hommes, pour autant qu’ils aient eu un nom,
une statue est construite pour les jours à venir,
les jeunes gens, les gars, comme à l’apparition de la nouvelle lune, font le “ montant de porte ” ;
Devant elles (les statues/la porte) ils organisent des concours d’athlétisme et de lutte.
10. Au mois d’Ab, à la fête des Esprits,
sans lui (Gilgameš), qu’il ne place pas la lumière !
La Grande Montagne, Enlil, le père des dieux,
ce dont il discutait avec le Seigneur Gilgameš en songe,
(c’est), Gilgameš, (que) ton destin est bon pour la royauté, il ne suffit pas pour une vie éternelle .
15. [Que le … ] de la vie ne provoque pas l’amertume !
Ne te meurtris pas le sein, ne t’afflige pas le cœur !
Les choses terribles de l’humanité, avec tout ce qu’elles apportent, ont été prononcées pour toi.
Les choses (fixées) lors de ton couper de cordon, avec tout ce qu’elles apportent, ont été prononcées pour toi.
Les heures très sombres de l’humanité t’ont atteint.
20. Le “ lieu unique ” de l’humanité t’a atteint.
La vague irrésistible t’a atteint.
Le combat sans issue t’a atteint.
Le duel inégal t’a atteint.
La mêlée dont on ne réchappe pas t’a atteint.
25. (Mais) ne [descends] pas dans la Grand Ville le coeur serré !
Devant Utu que …
[Comme] une ficelle …
28. Le premier(?) …

• N1 col. vi

La fin du rêve, dans N, est difficile ; elle est assez différente de M pour être citée à part.

1. [Ta parole pèsera comme celle de Ningiszida et de] Dumuzi
[ … ] Gilgameš
[ … ] après avoir exposé (expliqué) ce [rêve],
[ … le rêve] qu’il leur avait exposé,
5. [ … ] lui répondirent :
[ … lui se mit] à pleurer.
[ … ] pourquoi a-t-il été fait ?
[ … ] de Nintu n’a pas été enfanté.
[ … ] pour qui il ait été fait une exception
10. [ … ] il n’y en a pas.
L’ homme … l’éteint d’une prise.
L’oiseau du ciel … ne s’échappe pas de la main.
Le poisson dans les abysses ne voit pas [la nasse?]
Le petit pêcheur, en étendant son filet, te prendra.
15. Nul homme [descendu] dans les Enfers … qui soit monté au ciel(?), qui a jamais vu cela?
À nul roi n’a été accordé un destin comme le tien.
Parmi les hommes, pour autant qu’ils aient eu un nom,
quel est celui qui … , qui comme toi [a reçu un tel] destin ?
L’office de gouverneur des Enfers …
20. toi, ton ombre … [comme Ningišzida] et [Dumuzi … ]
La justice tu [rendras … ]

• N6 et N4 face

Ces fragments, bien que mal préservés, sont intéressants, car ils contiennent l’éveil du héros après son premier rêve. La numérotation est celle de N4.

5-6. [Alors le jeune Seigneur, le Seigneur] Gilgameš […] frappa …
[ … ] princier.
[Il se frotta les yeux. Un silence angoissant] l’enveloppait.
… le seigneur de Kulaba
10. … le guerrier de la Montagne de Pierre Précieuse
[Uruk,] l’atelier des dieux
… nous nous réjouissions
13-15. [Par ma mère] Ninsumuna, [par mon père, le splendide] Lugalbanda, [par mon dieu, le sire] Nudimmud …

• Fin du texte selon N3 :

Cette variante de la fin intervient après la ligne 287 de M (identique à la ligne 28 de N3).

[Dans le … de Nin]sumuna … il se coucha.
30. Gilgameš, fils de Ninsumuna,
… déversa son eau(?).
[ … les eaux] se divisèrent(?).
… se frotta le nez pour lui .
Toute l’humanité, [mais surtout les gens] de sa ville
35. ne plaçaient plus …
jetaient leurs barbes et leurs … dans la poussière.
Alors le jeune Seigneur, le Seigneur Gilgameš,
… , infatigable (pourvoyeur) de la demeure d’Enlil,
Gilgameš, fils de Ninsumuna,
40. parmi les … (?) un roi qui lui fasse pièce … n’a pas été enfanté.
… sans égal(?},
Gilgameš, Seigneur de Kulaba, ta louange est douce.

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