Gilgamesh et Huwawa (version A)

Ce récit raconte l’expédition de Gilgamesh et Enkidu à la Forêt des Cèdres, leur rencontre avec son gardien Huwawa et comment Gilgamesh vient à bout du monstre par la ruse.

Ce texte fut de très loin le plus populaire des cinq poèmes de Gilgamesh. L’explication vient d’une récente découverte : Gilgamesh et Huwawa était la dernière des dix compositions rassemblées dans le second groupe des textes étudiés par les apprentis scribes. Selon les versions, Huwawa est également baptisé Humbaba (Sumérien, Akkadien, Babylonien), Hubaba (Élamite), Hum-ba et Humhum.

Dans cet article :

– Références
– Résumé
– Commentaires
– Traduction française de R. J. Tournay et A. Shaffer
– Traduction française partielle selon S. N. Kramer

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Références

• Sources & Translitération
• Traductions [en Anglais]

Résumé

Incipit : en.e kur lu.tiJa.sè, “ Le seigneur vers le pays du Vivant ”

Effrayé par la mort, Gilgamesh songe désormais à mener des actions pour sa gloire et propose une expédition vers la légendaire Montagne des Cèdres. Son serviteur Enkidu lui conseille de chercher l’approbation de Utu, le dieu du Soleil. Ce que fait Gilgamesh, justifiant son expédition par le fait qu’il a compris l’impermanence de la condition humaine et qu’il souhaite établir sa renommée. Utu lui procure l’aide de sept constellations pour le guider dans son voyage.

« Le seigneur Gilgamesh, un beau jour, porta son attention vers le pays du vivant. Il s’adressa à son serviteur Enkidu : “ Enkidu, puisqu’un homme ne peut aller au-delà de la fin de sa vie, je veux partir pour les montagnes et y établir ma renommée ”. »

— Première lignes de Gilgamesh et Huwawa A [trad. personnelle]

Gilgamesh mobilise les jeunes hommes d’Uruk, les arme et se met en route. Les constellations le conduise jusqu’aux montagnes où grandissent les cèdres. Après avoir franchi sept chaines de montagnes en quête d’un arbre approprié, il en trouve finalement un à sont goût. Sans plus tarder, il abat le cèdre choisi et ses compagnons le découpent en rondins.

Sur ce, Huwawa, le gardien des cèdres, se réveille et lance à Gilgamesh l’une ses auras (puluhtu), les prodigieux pouvoirs lumineux qui le protègent. Gilgamesh et Enkidu sont sonnés et tombent inconscients. Enkidu se réveille et parvient à réveiller Gilgamesh également, qui jure de découvrir l’identité de son assaillant. Enkidu lui décrit cet être terrible qu’est Huwawa, mais Gilgamesh est certain qu’ils réussiront à eux deux là où un seul échouerait.

Alors qu’ils s’approchent de la demeure d’Huwawa, Gilgamesh est arrêté sur son chemin et une voix l’appelle, lui disant de ne pas être effrayé mais de s’agenouiller sur le sol. Gilgamesh prétend alors vouloir former une alliance maritale avec Huwawa en lui offrant ses sœurs, Enmebaraggesi et Pestur, comme épouses. Il promet à Huwawa d’autres plaisirs de la vie qui lui sont bien sûr inconnus dans ses lointaines montagnes : de la farine des plus fines, de l’eau dans des bouteilles en cuir, des sandales grandes et petites, une variété des pierres précieuses et d’autres présents. Pour les fiançailles avec les sœurs et la promesse de chaque cadeau, le crédule Huwawa abandonne l’une de ses auras protectrices. Elles se concrétisent sous la forme de grands cèdres que les hommes de Gilgamesh découpent dument en rondins pour le voyage de retour.

Dès que Huwawa n’a plus d’aura protectrices et est incapable d’attaquer, Gilgamesh le frappe et le fait prisonnier. Huwawa plaide ensuite pour avoir la vie sauve, se plaignant à Utu de la traitrise de Gilgamesh. Gilgamesh lui octroie une grâce princière mais Enkidu le prévient que c’est bien trop dangereux : s’ils laissent partir Huwawa, ils ne retrouveront jamais leur foyer. Alors que Huwawa se met en colère contre Enkidu, ce dernier tranche la gorge de l’ogre. Les héros rapportent sa tête au dieu Enlil, mais celui-ci leur demande pourquoi ils ont tué Huwawa alors qu’ils auraient dû le traiter avec la plus grande considération. Enlil distribue les auras de Huwawa.

Doxologie : kal.ga bil.ga.mes mi.dug.ga nissaba zà.mi, “ Honneur au puissant Gilgamesh, louange à Nissaba ”.

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Commentaires

Cette version est quasiment complète — à peu de lignes près — et compte environ 200 vers. 

L’incipit peut paraître étonnant. Un traduction littérale du début pourrait être « Le seigneur [porta son attention sur] le pays de Celui qui est Vivant ». Certains ont avancé que ce Vivant est Huwawa, mais rien dans le texte n’indique pourquoi il mériterait cette épithète.

« Il me semble clair que le “Vivant”, c’est-à-dire l’“Immortel” auquel il fait allusion dans ce vers, n’est autre que Ziusudra ; même si l’histoire de GH [Gilgamesh et Huwawa, ndt] (au contraire de la version akkadienne) ne contient pas la moindre allusion à la quête de Ziusudra, la référence implicite à ce thème (ou peut-être même à un récit qui ne nous est pas parvenu) devait être évidente pou tous les auditeurs mésopotamiens. »

— Antoine Cavigneaux

A.R. George considère qu’en insistant ainsi sur son statut, Celui qui est Vivant est « le survivant du grand Déluge, le seul homme à avoir accédé à l’immortalité ». Il suit d’ailleurs en ce sens le spécialiste français A. Cavigneaux (voir citation ci-contre). En notant que la Forêt des Cèdres s’étendait à l’est pour les Sumériens, dans la même direction que le lieu où Ziusudra s’est installé après le Déluge, Kramer notait déjà qu’il « n’est pas impossible que ce “lu.ti.la” est une épithète descriptive de Ziusudra ».

Notons également que dans ce texte, Gilgamesh offre à Huwawa sa sœur Enmebaragesi comme épouse. La similitude de ce nom avec celui du roi de Kiš indique que Huwawa est ici doublement ridiculisé par son adversaire : on lui propose en réalité d’épouser un homme, et de surcroît son pire ennemi.

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Traduction de Raymond Jacques Tournay et Aaron Shaffer

(in L’Épopée de Gilgamesh, 1994)

La version standard Ni 3439 est complétée par de nombreux fragments. Les variantes et additions sont nombreuses.

1. Projets de Gilgamesh

Le seigneur se mit à penser au mont de l’immortel,
le seigneur Gilgamesh se mit à penser au mont de l’immortel.
Il adressa la parole à son serviteur Enkidu :
« Enkidu, étant encore en pleine vigueur, mais n’ayant pas atteint la renommée,
5 je voudrais entrer dans la montagne, m’y faire un renom,
au lieu où l’on a fait un monument, je voudrais me faire un monument,
au lieu où l’on n’a pas fait de monument, je voudrais faire un monument aux dieux. »
Son serviteur Enkidu lui répondit :
« Messire, si vous voulez entrer dans la montagne,
10 faites-le savoir au dieu Utu, au héros Utu.
Quant à la montagne, c’est le domaine du dieu Utu,
la montagne où l’on coupe les cèdres, c’est le domaine du héros Utu, faites-le savoir au dieu Utu. »

Gilgamesh mit la main sur un chevreau blanc,
il pressa sur sa poitrine un chevreau brun en offrande,
15 il tint en sa main le sceptre sacré et fit le salut d’obédience ;
Il adressa la parole au céleste Utu :
« Ô dieu Utu, je voudrais entrer dans la montagne, sois mon soutien,
je voudrais entrer dans le pays où l’on coupe des cèdres, je t’en prie, sois mon soutien. »

« Ô dieu Utu, je voudrais entrer dans la montagne, sois mon soutien,
je voudrais entrer dans le pays où l’on coupe des cèdres, je t’en prie, sois mon soutien. »

Depuis le ciel, le dieu Utu répondit :
20 « Toi, tant que tu es, jeune sumérien, que deviendras-tu dans ce pays ? »
Il lui répondit : « Ô dieu Utu , je veux te dire un mot, tends l’oreille à ma parole,
je veux te dire un mot, tu as déjà réagi.
Dans ma ville, des gens meurent, c’est un coup pour le cœur,
des gens périssent, c’est un mal pour le cœur.
25 Je me suis penché par-dessus le rempart,
j’ai vu des cadavres qui flottaient sur les eaux du fleuve.
Pour moi, il en sera de même, il en sera ainsi.
L’homme le plus grand ne peut atteindre le ciel,
l’homme le plus large ne peut étreindre la terre.
30 Étant encore en pleine vigueur, mais n’ayant pas atteint la renommée,
je voudrais entrer dans la montagne, m’y fai re un renom,
au lieu où il y a un monument, je voudrais me faire un monument,
au lieu où il n’y a pas de monument, je voudrais faire un monument aux dieux. »
Le dieu Utu accepta ses larmes comme une offrande,
35 en homme compatissant, il eut compassion de lui.

Il y avait sept guerriers, fils d’une mère unique :
le premier, leur grand frère, a des griffes de lion, des serres d’aigle,
le deuxième est une vipère cornue qui (ouvre) la bouche,
le troisième est un dragon qui terrasse …,
40 le quatrième est un feu brillant qui dévore …,
le cinquième est un serpent à la langue fourchue qui …,
le sixième est un déluge qui dévaste le pays,
le septième est un éclair rapide qu’on ne peut éviter.

44 Ces sept, le guerrier, le héros Utu les lui a donnés.

[eux, ils brillent dans les cieux,
sur la terre, ils connaissent les chemins,
sur la terre, ils connaissent le chemin vers le pays d’ Aratta ;
ils connaissent comme les marchands les changements de route,
ils connaissent les pays voisins ;
comme les hirondelles, ils connaissent les fentes de la terre,
ils connaissent les pays étrangers.]

45 Il les emmène dans les défilés de la montagne.
Il se met joyeusement à abattre les cèdres,
le seigneur Gilgamesh se met joyeusement au travail :
dans sa ville, il fait sonner du cor : comme pour un, c’est pour tous ;
comme pour deux, il fait l’unanimité.
50 « Qui a une maison, qu’il aille à sa maison.
qui a une mère, qu’il aille vers sa mère !
Que ceux qui veulent faire comme moi soient à mes côtés ! »

Cinquante hommes d’élite se tinrent à ses côtés.
Il dirigea ses pas vers le logis des forgerons ;
55 … la hache du chef, son arme de guerre, il la fit forger.
Il dirigea ses pas vers la sombre futaie de la steppe ;
le saule, le pommier, le buis, il les abattit ;
aux citoyens qui l’accompagnaient, il les remit dans leurs mains.
[Le premier, leur grand frère, avait des pattes et des griffes de lion.]
60 Il les emmena dans les défilés de la montagne.
Il franchit la première montagne, mais il ne trouva pas le cèdre espéré ;
[Il franchit la deuxième, la troisième, la quatrième, la cinquième, la sixième montagne.]
En franchissant la septième montagne, il trouva le cèdre espéré ;
il n’eut pas besoin de demander où il se trouvait.

Le seigneur Gilgamesh abattit les cèdres,
65 Enkidu coupa les branches et les empila pour Gilgamesh.

À cause du bruit, Gilgamesh effraya Huwawa depuis sa demeure.
Alors Huwawa lança contre lui son éclat terrifiant;
Gilgamesh sombra dans le sommeil.
69 (Enkidu) fut pris de vertige ;
69a les citoyens qui l’accompagnaient
70 se blottirent à ses pieds comme de jeunes chiens.
Enkidu sortit, tout effrayé, de son rêve ;
il s’essuya les yeux : c’était le silence tout autour.
Il toucha Gilgamesh, mais celui-ci ne se releva pas ;
il lui parla, mais il ne reçut aucune réponse.
75 « Toi qui es endormi, toi qui es endormi,
Gilgamesh, seigneur fils de Kullab, jusqu’à quand dormiras-tu ?
La montagne s’est assombrie, les ombres s’étendent sur elle,
la clarté du crépuscule a disparu ;
le dieu Utu s’en est allé, la tête haute, vers le sein de sa mère Nin.gal.
80 Gilgamesh, jusqu’à quand dormiras-tu ?
Ne laisse pas les citoyens qui t’ont accompagné
t’attendre au pied de la montagne ;
leurs mères ne doivent pas « tordre la corde »(?) sur la place de ta cité. »

Il lui cria ces paroles dans son oreille droite ;
85 il déploya son cri de guerre comme un pan de tapis.
Il prit en main trente sicles d’huile et lui frotta le buste.

Alors (Gilgamesh) se dressa comme un taureau qui se tient sur un socle ;
il inclina le cou vers la terre et s’écria à haute voix :
« Par la vie de ma mère Nin.Sun et de mon père, le pur Lugalbanda,
90 dois-je devenir si petit qu’on s’étonne de me voir sur les genoux de ma mère Nin.Sun ? »
Et il lui parla à plusieurs reprises :
« Par la vie de ma mère Nin.Sun et de mon père, le pur Lugalbanda,
jusqu’à ce que je sache s’il y a là un homme ou un dieu,
je ne me déciderai pas à diriger vers la ville les pas que j’ai dirigés vers la montagne. »

95 Le serviteur se fit insinuant, en homme qui fait aimer la vie ;
il répliqua à son maître :
« Messire, tu n’as pas encore vu cet individu, il ne te laisse pas en repos ;
mais moi qui ai vu cet individu, il m’inquiète.
Ce gaillard, ses dents sont des dents de dragon,
100 son visage est une face de lion,
son poitrail est un déluge qui tournoie,
sa gueule dévore la cannaie, personne ne peut en approcher.
Messire, fais donc un voyage vers le pays montagneux ;
quant à moi, je m’en vais vers la ville.
Si je dois dire à ta mère que tu es vivant, elle rira de joie ;
105 mais ensuite, si je dois lui dire que tu es mort, elle pleurera sur toi. »

105a (Gilgamesh répondit à Enkidu 🙂
« Bah, Enkidu ! deux personnes ensemble ne meurent pas,
l’homme relié à son bateau ne peut se noyer,
on ne rompt pas une corde à trois filins,
devant une muraille, l’eau ne peut submerger personne ;
dans une hutte tressée, le feu ne peut s’éteindre !
110 Toi, aide-moi, et moi, je t’aiderai : qu’est-ce qui peut nous arriver ?
Après avoir sombré, oui, après avoir sombré,
même si le bateau de Magan sombre,
même si le bateau de transport Magilum sombre,
celui qui est relié au bateau a la vie sauve.
115 Viens, allons-nous-en, nous irons le voir.

Si nous nous en allons et que la peur survienne,
oui, que la peur survienne, fais alors demi-tour ;
que la terreur survienne, oui, que la terreur survienne, fais alors demi-tour.
Quoi que tu en penses, viens, allons-nous-en ! »

120 Dès qu’un homme s’approche seulement à soixante pas,
Huwawa a déjà réintégré sa maison de cèdre.
S’il vous regarde, c’est un regard de mort ;
s’il secoue la tête contre quelqu’un, sa tête est pleine de vifs reproches;
s’il s’adresse à quelqu’un, il ne fait pas de longs discours :
125 « Toi qui es un homme de tout près d’ici, tu ne retourneras pas cependant à la ville de ta mère.
(Gilgamesh), la peur s’est emparée de ses muscles, de ses pieds, la terreur s’est emparée de lui.
Il n’a plus son pied sur le sol ;
l’ongle de son gros orteil est …

130 Ah ! guerrier au sceptre omnipotent,
noble fierté des dieux,
pesant taureau qui supporte la bataille,
ta mère se savait désignée pour engendrer un fils,
ta nourrice se savait désignée pour allaiter un enfant.
135 N’aie pas peur, étends ta main vers le sol ! »

136 Il étendit la main vers le sol et dit à (Huwawa):

[« De la fleur de farine, mets convenant aux grands dieux, une outre d’eau fraîche,
laisse-moi te les apporter dans la montagne.
Je ne peux approcher de ta famille,
donne-moi une part de toi-même, laisse-moi entrer dans ta famille. »
]

137 « Par ma mère Nin.Sun et mon père, le pur Lugalbanda,
on ignore tout à fait où tu habites dans la montagne, on voudrait savoir où tu habites dans la montagne.
Je t’amène ici comme épouse ma soeur aînée Enmebaragesi. »

140 Une fois encore, il prit la parole :
« Par ma mère Nin.Sun et mon père, le pur Lugalbanda,
on ignore tout à fait où tu habites dans la montagne, on voudrait savoir où tu habites dans la montagne.
Je t’amène ici comme concubine ma soeur cadette Peshtur.
Fais-moi présent de ton éclat divin, je veux entrer dans ta famille.»
145 Alors Huwawa lui fit présent de son premier éclat divin ».

[Gilgamesh offrit à Huwawa de précieux présents pour chaque éclat :
de la fleur de farine, mets convenant aux grands dieux, une outre d’eau fraîche.

« Pour des petits pieds, oui, j’ai fait de petites sandales,
pour de grands pieds, j’ai fait de grandes sandales.
Je t’apporte ici, dans la montagne,
du cristal, de la calcédoine et du lapis-lazuli. »

Huwawa lâcha sur eux son premier éclat terrifiant.]

146 Les citoyens d’Uruk qui l’accompagnaient
coupèrent les branches, les lièrent
148 et les couchèrent au pied de la montagne.

[Il lâcha sur eux son deuxième éclat terrifiant ;
les citoyens d’Uruk qui l’accompagnaient
coupèrent les branches, les lièrent et les couchèrent au pied de la montagne,
Il lâcha sur eux son troisième éclat terrifiant ;
les citoyens qui l’accompagnaient
coupèrent le tronc, taillèrent son côté et le couchèrent au pied de la montagne.
Il lâcha sur eux son quatrième éclat terrifiant ;
les citoyens d’Uruk qui l’accompagnaient
coupèrent le tronc, taillèrent son côté et le couchèrent au pied de la montagne.
Il lâcha sur eux son cinquième éclat terrifiant ;
les citoyens d’Uruk qui l’accompagnaient
coupèrent le tronc, taillèrent son côté et le couchèrent au pied de la montagne.
II lâcha sur eux son sixième éclat terrifiant ;
les citoyens d’Uruk qui l’accompagnaient
coupèrent le tronc, taillèrent son côté et le couchèrent au pied de la montagne.
]

149 Au moment où le septième et dernier éclat venait à son terme, (Gilgamesh) se trouva face à sa demeure ;
150 il se glissa derrière lui comme on le fait pour un serpent.
II fit comme s’il voulait l’embrasser, mais il le frappa du poing sur la joue.
152 Huwawa montra ses dents, fronça le front.

[Il dit à Gilgamesh :
« Héros, tu ne peux agir mal,
les deux … »
Le gaillard sortit de sa demeure.
« Assieds-toi », lui dit Gilgamesh.
Le gaillards s’assit, se mit à pleurer, à verser des larmes.

Comme pour un buffle, il lui jeta une corde,
comme pour un prisonnier, il lui lia les bras.
Huwawa pleurait.
]

153 Il saisit Gilgamesh par la main : « Gilgamesh, laisse-moi libre !
À toi, dieu Utu, je veux dire un mot ;
155 Utu, je n’ai jamais connu de mère pour m’engendrer, ni de père pour m’élever ;
quelqu’un m’a engendré dans la montagne : élève-moi !
Gilgamesh, il a invoqué pour moi la vie du ciel, de la terre, de la montagne ! »
(Huwawa) saisit la main de (Gilgamesh), il se jeta à ses pieds.

159 Alors Gilgamesh fut saisi de pitié envers le personnage.

[Gilgamesh jura par le ciel, jura par la terre, jura par les Enfers ;
il prit… dans sa main, il ne voulait plus sa perte.
Voilà que le coeur de Gilgamesh le Sumérien, fils de Nin.Sun, s’attendrit.
]

160 Il adressa la parole à son serviteur Enkidu :
« Enkidu, un oiseau capturé ne doit-il pas retourner dans son nid?
162 Un soldat prisonnier ne doit-il pas retourner dans les bras de sa mère ?

[Tendons au guerrier une main libératrice, qu’il soit notre ami !
Il nous montrera la direction des chemins, qu’il soit notre ami !
Qu’il soit notre associé, qu’il porte mes bagages ! »
]

163 Enkidu répliqua à Gilgamesh :
« Ah ! guerrier porteur d’un sceptre omnipotent,
165 noble fierté des dieux,
pesant taureau qui supporte la bataille,
jeune seigneur Gilgamesh, qui prend soin d’Uruk,
ta mère se savait désignée pour engendrer un fils,
ta nourrice se savait désignée pour allaiter un enfant.
170 Qu’il soit si grand, alors qu’il manque de jugement !
Namtar [le Destin] le dévorera, le Destin sera pour lui sans égards.
Un oiseau capturé peut-ils s’envoler ?
Et toi, si tu étais fait prisonnier,
174 tu retournerais dans les bras de ta mère ?

[Qui a jamais vu délier les mains à un prisonnier de guerre,
un prêtre
En captif, retourner dans le gipar,
une prêtresse
lukur captive, retourner à la jouissance ?
Si tu le laisses libre, il te bloquera la route de la montagne,
il te rendra impraticables les sentiers de la montagne,
et nous ne reviendrons pas dans la ville de celle qui t’a donné le jour. »
]

175 Huwawa adressa la parole à Enkidu :
« Contre moi, Enkidu, tu lui as dit des paroles hostiles, pernicieuses,
mercenaire embauché pour la pitance, à la traîne de son semblable, tu lui as dit des paroles hostiles. »

À ces paroles, dans un excès de fureur,
Enkidu lui trancha le cou.
180 Ils mirent la tête dans un sac en cuir.
Devant le dieu Enlil, ils comparurent ;
après avoir embrassé la terre devant le dieu Enlil,
ils jetèrent le sac, en sortirent la tête
et la placèrent en face du dieu Enlil.
185 À la vue de la tête de Huwawa,
le dieu Enlil se fâcha et dit :
« Pourquoi avez-vous agi ainsi ?

Vous auriez dû l’asseoir devant vous,
190 vous auriez dû lui faire manger le pain que vous mangez,
lui faire boire l’eau que vous buvez ; il aurait dû être honoré par vous. »

Alors Enlil répartit depuis son siège les éclats terrifiants.
Enlil assigna le premier éclat à la campagne,
il assigna le deuxième éclat au fleuve,
195 il assigna le troisième éclat aux montagnes,
il assigna le quatrième éclat aux lions,
il assigna le cinquième éclat à la cannaie,
il assigna le sixième éclat au palais,
il assigna le septième éclat à la déesse Nungal.
200 Ils s’attribua les éclats qui restaient encore.

Vaillant Gilgamesh qui est loué, déesse Nisaba, sois louée !
Huwawa… qui est loué, Enkidu, sois loué… !
Vaillant (Gilgamesh), sois loué ! Enkidu, (sois loué ! Nisaba), sois louée !

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Traduction partielle selon Kramer

(in L’histoire commence à Sumer, Le premier “ Saint Georges ”, Samuel N. Kramer)

Le Seigneur, vers le Pays des Vivants, tourna son esprit,
Le Seigneur Gilgamesh, vers le Pays des Vivants,
tourna son esprit ;
Il dit à son serviteur Enkidu :
« Ô Enkidu, la brique et le sceau n’ont pas encore amené le terme fatal.
Je voudrais pénétrer dans le Pays, je voudrais « élever » mon nom,
Dans ces endroits où des noms ont été « élevés », je voudrais « élever » mon nom,
Dans ces endroits où des noms n’ont pas été « élevés », je voudrais « élever » les noms des dieux.
Son serviteur Enkidu lui répondit :
« Ô mon maître, si tu veux pénétrer dans le Pays, préviens Utu,
Préviens Utu, le héros Utu –
Le Pays est sous la garde d’Utu,
Le Pays du cèdre coupé, c’est le héros Utu qui en a la garde – préviens Utu ! »

Gilgamesh s’empara d’un chevreau tout blanc ;
Il serra sur sa poitrine un chevreau brun, une offrande.
Dans sa main, il prit le bâton d’argent de son…
Il dit à Utu le Céleste :
« Ô Utu, je voudrais pénétrer dans le Pays, sois mon allié.
Je voudrais pénétrer dans le Pays du cèdre coupé, sois mon allié. »
Utu le Céleste lui répondit :
« Il est vrai que tu es…, mais qu’es-tu pour le Pays ?
– Ô Utu, je voudrais te dire un mot, à ma parole prête oreille ;
Je voudrais que ce mot te parvienne, prête l’oreille :
Dans ma ville l’homme meurt, le coeur est oppressé ;
L’homme périt, le coeur est lourd.
J’ai jeté un coup d’oeil par-dessus le mur,
Vu les cadavres… flottant dans la rivière.
Quant à moi, mon sort sera le même ; en vérité, il en est ainsi.
L’homme le plus grand ne peut toucher le ciel,
L’homme le plus large ne peut couvrir la terre.
La brique et le sceau n’ont pas encore amené le terme fatal,
Je voudrais pénétrer dans le Pays, je voudrais « élever » mon nom,
Dans ces lieux où des noms ont été « élevés », je voudrais « élever » mon nom,
Dans ces lieux où des noms n’ont pas été « élevés », je voudrais « élever » les noms des dieux. »

Utu accepta donc ses pleurs en guise d’offrande.
Comme à un homme pitoyable, il lui accorda sa pitié.
Les sept héros, fils d’une même mère,
……………………………………………………………………….
Il les emmena dans les grottes des montagnes.

Celui qui a abattu le cèdre se comporta joyeusement,
Le seigneur Gilgamesh se comporta joyeusement.
Dans sa ville, comme un seul homme, il…,
Comme deux compagnons, il…,
« Qui a une maison, à sa maison ! Qui a une mère, à sa mère !
Que les hommes seuls qui voudraient faire ce que j’ai fait, au nombre de cinquante viennent à mon côté ! »

Celui qui avait une maison, à sa maison ! Celui qui avait une mère, à sa mère !
Les hommes seuls qui voulaient faire ce qu’il a fait, au nombre de cinquante, vinrent à ses côtés.

A la maison des forgerons il porta ses pas,
Le…, la hache-…, son « Pouvoir d’héroïsme », il les fit fondre là.
Vers le jardin… de la plaine il porta ses pas,
L’arbre-…, le saule, le pommier, le buis, l’arbre-…, il les abattit.
Les « fils » de la cité qui l’avaient accompagné les prirent en mains.

……………………………………………………………………….

Il les toucha, mais il ne se levait pas ;
Il lui parla, mais il ne répondit pas.
« Toi qui es étendu, toi qui es étendu,
Ô Gilgamesh, seigneur, fils de Kullab, combien de temps resteras-tu étendu ?
Le Pays s’est assombri, sur lui les ombres se sont étendues,
Le crépuscule a emmené sa lumière,
Utu s’est dirigé, tête haute, vers le sein de sa mère, Ningal.
Ô Gilgamesh, combien de temps resteras-tu étendu ?
Ne laisse pas les « fils » de ta ville, qui t’ont accompagné,
T’attendre debout au pied de la montagne.
Ne laisse pas la mère qui t’a donné naissance être conduite sur la « place » de la ville. »

Gilgamesh consentit.
De sa « parole d’héroïsme » il se couvrit comme d’un manteau ;
Son manteau de trente sicles qu’il portait à la main, il l’enroula autour de sa poitrine.
Comme un taureau, il se dressa sur la « Grande Terre ».
Il pressa sa bouche contre le sol, ses dents claquaient.
« Par la vie de Ninsun, la mère qui m’a donné le jour, et par Lugalbanda, mon père !
Deviendrai-je pareil à celui qui s’assied, au grand étonnement de tous, sur les genoux de Ninsun, la mère qui m’a donné le jour ? »

Une deuxième fois, il dit :
« Par la vie de Ninsun, la mère qui m’a donné le jour, et par Lugalbanda, mon père,
Jusqu’à ce que j’aie tué cet « homme », si c’est un homme, jusqu’à ce que je l’aie tué, si c’est un dieu,
Mes pays dirigés vers le Pays, je ne les dirigerai pas vers la cité. »

Le fidèle serviteur implora et… la vie,
Il répondit à son maître :
« Ô mon maître, toi qui n’as jamais vu cet “ homme ”, tu n’es pas frappé de terreur ;
Moi qui ai vu cet “ homme ”, je suis frappé de terreur.
Ce guerrier, ses dents sont les dents d’un dragon,
Sa face est la face d’un lion,
Son… est l’eau de crue qui se déverse ;
A son front qui dévore arbres et roseaux, nul n’échappe.
Ô mon maître, fais route vers le Pays, je ferai route vers la cité :
Je dirai à ta mère ta gloire, qu’elle s’exclame ;
Je lui dirai ta mort imminente, qu’elle verse des larmes amères. »

« Pour moi un autre ne mourra pas ; la barque chargée ne sombrera pas,
Le tissu plié en triple ne sera pas coupé ;
Le… ne sera pas écrasé ;
La maison et la cabane, le feu ne les détruira point.
Aide-moi et je t’aiderai, que peut-il nous arriver ?
……………………………………………………………………….
Viens, avançons, nous poserons les yeux sur lui,
Si, quand nous avançons,
La peur arrive, si la peur arrive, fais-lui rebrousser chemin ;
Si la terreur arrive, si la terreur arrive, fais-lui rebrousser chemin.
Dans ta…, viens, avançons. »

Quand ils n’étaient pas encore parvenus à une distance de douze cents pieds,
Huwawa… sa maison de cèdre,
Sur lui fixa son regard, son regard de mort,
Il hocha la tête pour lui, il hocha la tête devant lui.
……………………………………………………………………….
Lui, Gilgamesh, lui-même déracina le premier arbre.
Les « fils » de la cité qui l’accompagnaient,
Coupèrent son feuillage, le lièrent,
Le déposèrent au pied de la montagne.
Après qu’il eut fait disparaître le septième, il approcha de la chambre de Huwawa,
Il se dirigea vers le « Serpent du Quai-au-vin » dans son mur,
Comme un qui appliquerait un baiser, il le souffleta.

Les dents de Huwawa s’entrechoquèrent,… sa main trembla.
« Je voudrais te dire un mot…,
Ô Utu, de mère qui m’ait donné le jour je n’en connais point, de père qui m’ait élevé, je n’en connais pas :
C’est toi dans le Pays qui m’as donné naissance, et qui m’as élevé. »
Il adjura Gilgamesh par la vie du Ciel, par la vie de la Terre, par la vie des Enfers.
Il le prit par la main, le conduisit à…
Alors, le coeur de Gilgamesh fut saisi de pitié pour…,
Et il dit à son serviteur Enkidu :
« Ô Enkidu, laisse l’oiseau capturé retourner chez lui,
Laisse l’homme capturé retourné au giron de sa mère. »

Enkidu répondit à Gilgamesh :
« Ce géant qui n’a pas de raison,
Namtar [Démon de la mort] le dévorera
Namtar qui ne fait pas de distinctions.
Si l’oiseau capturé retourne chez lui,
Si l’homme capturé retourne au giron de sa mère,
Tu ne retourneras pas dans la cité de la mère qui t’a enfanté. »

Huwawa dit à Enkidu :
« Contre moi, ô Enkidu, tu lui as parlé en mal,
O homme loué…, tu lui as parlé en mal ! »

Quand il eut ainsi parlé,
Ils lui coupèrent le cou,
Placèrent sur lui…,
Et l’apportèrent devant Enlil et Ninlil.

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2 réflexions sur « Gilgamesh et Huwawa (version A) »

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